Suis-je passée à côté de la vraie liberté ?

Ce matin, un pote de Facebook relevait que la liberté des années 70 n'avait pas fait de lui un pédophile pour autant. En effet la pédophilie a toujours existé et la libération sexuelle n'a sans doute fait que déculpabiliser /désinhiber certains mais n'a pas augmenté le nombre de personnes présentant ce genre de pulsion. De toute façon, je ne suis pas ici pour leur faire de la publicité, l'important c'est la libération de la parole de leurs victimes. Ce qu'il advient d'eux ça m'en touche une sans faire bouger l'autre comme disait Chirac.
Par contre, ce qui me turlupine depuis ce matin c'est que je n'ai pas le sentiment d'avoir vécu ce fameux vent de liberté totale qu'on on se plait à décrire quand il s'agit de parler de cette période d'après 68.
D'abord 68 j'étais trop jeune pour y participer, je me souviens essentiellement de la galère pour aller voir mon père qui avait été opéré d'un rein au mois de Mai dans le 14ème alors que nous habitions le 17e. Sans bus ni métro, ma mère en était réduite à faire de l'auto-stop et ça n'avait pas l'air de trop mal se passer. 
A l'époque j'était dans un collège de jeunes filles porte d'Asnières, les garçons n'étaient pas loin mais on ne se mélangeait pas. Je ne les fréquentais de près qu'à l'occasion des vacances.
Ensuite j'ai fait mes études secondaires au Lycée Honoré de Balzac et j'ai découvert la mixité, les conseils de classe et les manif anti facho (à l'époque c'était Marcellin le ministre de l'Intérieur) avec les gaz lacrymogènes (trop cool).
Les garçons me plaisaient bien mais au début j'étais un peu boulotte et timide alors les prétendants ne se bousculaient pas. Après on a récupéré Michel Field qui s'était fait virer d'un autre lycée et qui me plaisait bien aussi mais une de mes copines était plus sexy que moi et il ne m'a jamais regardée. 
Bref tout ça pour dire que j'ai continué mes études jusqu'à la fac et qu'après j'ai un peu tout foiré car j'avais vraiment plus envie de travailler et gagner ma croute que d'écouter des profs qui ne m'inspiraient pas. J'ai connus les garçons d'un peu plus près et j'ai fini d'en rencontrer un avec qui je me suis mariée et fait des enfants. Le virus de la politique est venu beaucoup plus tard, après celui de l'associatif.
C'est un peu raccourci je sais mais c'est pour expliquer que si ces années -là étaient celles de la révolution, je les ai vécues sans en avoir conscience. En tout cas pas la conscience que j'en ai actuellement. 
Pourtant oui, avec le recul je sais que j'ai eu le droit de prendre la pilule, coucher avec qui je voulais et faire des enfants quand je l'ai souhaité, mettre des minijupes et des jeans et choisir mon destin. 
Pour une femme c'était déjà pas mal mais c'est tout. Pas le sentiment que tout était possible, que rien n'était interdit. Juste celui de vivre dans une société qui évoluait plutôt bien mais dans laquelle les hommes tenaient toujours et encore les rênes.
Il m'aura fallu encore quelques années, un divorce, un déménagement et quelques échecs pour prendre conscience que j'étais une combattante et qu'il ne me fallait pas attendre que tout me tombe rôti dans la bouche pour avancer. Je n'ai pas été précoce en la matière, chacun son chemin, mais je tiens à remercier celles qui se sont battues dès le départ pour que je puisse en arriver là.
Je n'avais pas été formatée à la base pour être une rebelle et je me suis construite tout seule. Je n'ai pas été hippie et j'ai fumé mon 1er juin à 40 ans. Et pour en revenir au sujet du jour, je n'ai pas croisé de pédophile dans mon enfance, ma mère si mais c'était dans les années 40. Je parlerais bien de quelqu'un de proche qui en a croisé un dans les années 80 mais je respecte son anonymat même si je n'ai jamais décoléré. 
Voilà un billet comme je n'avait pas fait depuis longtemps (élection oblige). Je m'aperçois que si j'avais poussé un peu plus mes études j'aurais pu faire une thèse sur le sujet mais finalement c'est très bien comme ça.
C'est quoi le sujet d'ailleurs ?

La photo est celle de mon lycée dans les années 70 avec à gauche le proviseur M. Bouchara qui avait la carrure de Lino Ventura et a  fortement impressionné la génération de lycéens qui l'ont connu à cette époque.







Commentaires

  1. La cougar qui explique qu'elle n'a pas été victime de pédophiles...

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  2. « Je n'avais pas été formatée à la base pour être une rebelle »

    Être "formaté" pour la rébellion : réjouissante aporie…

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  3. "Voilà un billet comme je n'avait pas fait depuis longtemps"... Et bah ça fait drôlement plaisir de te lire !

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