4 oct. 2016

Laetitia ou la fin des hommes

Voilà, j'ai terminé le livre et en tournant la dernière page j'ai eu l'impression d'abandonner Laetitia et j'en suis triste.

Une histoire, juste un fait divers au départ, dont personne n'est sorti indemne, une histoire de violence masculine et d'enfance bafouée, une histoire de manipulation politique (celle de Sarkozy qui en prend pour son grade et c'est tant mieux), une histoire où la justice fait ce qu'elle peut avec ce qu'elle a, où la police fait sacrément bien son travail, ou les assistantes sociales pleurent de ne pas avoir pu détecter la faille, une histoire de jeunes qui se textotent toute la journée mais ne peuvent éviter le pire, une histoire de pas de chance ou de hasard. Une histoire qui pourrait être la notre.

C'est mon conseil de lecture du soir parce que celui qui l'a écrit est quelqu'un d'épatant. 

Oui je sais je l'ai déjà écrit hier à propos d'un autre mais ça n'est pas tous les jours qu'on rencontre des gens aussi formidables dans ce qu'ils nous donnent à lire ou à entendre.

Et puis pour une fois qu'un auteur s'intéresse plus à la victime que l'assassin, restituant sa vie si courte et si tragique avec autant d'empathie, il était vraiment nécessaire de le souligner.

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Mise à jour du 2 novembre : Le prix Médicis a été attribué à Laëtitia. Largement mérité.

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Citation :

"Petite fille, elle est restée timide, inhibée, impressionnable, dissociée d’elle-même, spectatrice de la violence et des actes de maltraitance qu’on lui infligeait. Elle a été d’autant plus oubliée dans son coin qu’elle ne réclamait rien ; on l’a d’autant moins consolée qu’elle semblait passive, absente à sa propre vie. Toutes ces choses inexplicables, les cris, les coups, les larmes, les changements, l’indifférence, ont fait naître en elle ces axiomes monstrueux, ces vérités nichées au plus profond de son être, jusqu’à devenir la substance même dont elle était faite : 
Papa a raison
Papa a raison, sinon il tape
Papa a toujours raison, sinon il tue maman
Les hommes ont toujours raison, sinon ils nous tuent"





3 oct. 2016

Il n'y a pas de vie minuscule ou la société inclusive

Giacometti
Depuis le mois de Juin, je suis en charge des personnes en situation de handicap dans le 8ème arrondissement de Lyon.
J'ai estimé qu'il n'y avait aucune contre indication entre Culture et Handicap comme il n'y en a aucune pour moi avec d'autres délégations.
S'intéresser au handicap, c'est d'abord se préoccuper d'accessibilité. Les places de stationnement pour les Personnes à Mobilité Réduite, c'est une grande problématique dans une métropole comme la notre. Du coup, je me retrouve à gérer des problématiques de voirie, très techniques pour moi, mais j'y prends beaucoup de plaisir et mon regard sur mon environnement en est peu à peu modifié.
Au delà des soucis de déplacement, s'est ouvert à moi une question que je n'avais abordée que d'assez loin finalement, celle de l'inclusion de toutes les personnes en situation de handicap, quel que soit ce dernier, dans la société.
Aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'on leur demanderait plutôt de s'adapter à la société plutôt que ça soit cette dernière qui s'adapte. Heureusement qu'il y a les Lois. Mais les lois ne suffisent pas si la Société n'est pas prête à les accueillir, à accepter la différence, à se mobiliser entièrement et à tous les niveaux afin de repenser le mode d'organisation et intégrer les plus fragiles d'entre nous.

S'intéresser à cette société inclusive, c'est forcément à un moment ou un autre tomber sur celui a pensé ses fondements en rappelant que les humains ont une chose en commun : la vulnérabilité. Charles Gardou puisqu'il s'agit de lui la définit ainsi : "L’idée de société inclusive tourne le dos à toute forme de captation qui accroît le nombre de personnes empêchées de bénéficier des moyens d’apprendre, de communiquer, de se cultiver, de travailler, de créer… Une société inclusive n’est pas un club dont certains membres, privilégiés, pourraient capter l’héritage social à leur profit pour en jouir de façon exclusive. Une société inclusive, c’est une société sans privilèges, exclusivités et exclusions. Chacun d’entre nous est héritier de ce que la société a de meilleur et de plus noble. Chacun a un droit égal à bénéficier de l’ensemble des biens sociaux, qu’il s’agisse de l’école et autres lieux de savoir, des transports, des espaces culturels, etc. Nul ne peut avoir l’exclusivité du patrimoine humain et social, légué par tous nos devanciers et consolidé par nos contemporains : il doit être accessible à tous."

Aujourd'hui, je vous propose de l'écouter attentivement. 
Cet homme est épatant, tout simplement.







1 oct. 2016

Le corps des femmes, leurs droits et la Pologne

"19 millions d’avortements sont pratiqués chaque année dans de mauvaises conditions, et entraînent la mort de 68 000 femmes. Ces avortements provoquent souvent des complications cliniques qui peuvent se révéler fatales. Parallèlement, l’impossibilité de subir un avortement en toute légalité et en toute sécurité cause des grossesses non souhaitées."



Czarny Protest

Jeudi dernier, une campagne nommée Czarny Protest (Protestation noire) a été lancée pour défendre le droit à l’IVG en Pologne. Cette protestation a été organisée en réponse à la proposition de loi visant à restreindre les droits des femmes, dont la première lecture a eu lieu vendredi dernier. Le texte prévoit l’interdiction totale de l’avortement, même en cas de viol ou de danger de vie pour la mère.

Tout ça parce que le Gouvernement conservateur polonais a décidé d'augmenter la natalité en obligeant les femmes à accoucher, quel que soit le risque, plutôt qu'en favorisant les naissances avec une politique d'incitation comme en France.
Et parce qu'une poignée d'illuminés catho a décidé que la vie du foetus prévalait sur la vie de la mère.
Et parce que, comme d'habitude, le droit de la femme à disposer librement de son corps est une notion inconnue dans beaucoup de pays.



En tant que femme, mère, grand-mère, je soutiens les femmes polonaises qui ont décidé de se rebeller et de se mobiliser sur les réseaux sociaux, toutes de noir habillées, symbole de la fin de la possibilité de choisir d'avorter ou non.