Mon voyage au Cap Horn. Pourquoi. Comment.

Il faut bien que je parle du voyage qui a fait de moi une Cap Hornière à mon corps défendant au départ.
Ca commencé en fait par un repas entre deux amis qui après quelques verres ont décidé de partir à l'aventure sur un bateau pour passer ce mythique cap, terreur de bien des marins.
L'un des deux avait un neveu qui avait l'outil pour ça, c'était décidé, ils partaient.
L'idée étant d'y associer femmes, enfants, amis dans la limite des places disponibles.
C'est ainsi que je me suis retrouvée dans l'aventure sans grand enthousiasme mais avec la volonté de ne pas passer pour une dégonflée auprès des autres malgré des perspectives de grand froid et de mal au coeur qui me donnaient plus envie de plages de sables au soleil.
Je ne suis pas une grande sportive j'avoue et l'idée de parcourir les rayons de Decathlon à la recherche de sous-vêtements techniques plus chauds que chaud me décourageait à l'avance. Je l'ai fait quand même et suis devenue incollable sur les marques Outdoor et tout ce qui permet de survivre en milieu hostile et froid.
Et puis l'idée de retrouver l'Argentine, deux ans après,  m'a fait passer outre mes peurs j'avoue.

Nous sommes donc partis le 26 avril. Il était temps de couper les ponts avec la vie quotidienne, le manque de congés depuis un bon moment commençait à se faire sentir.


1ère constatation, le bout du monde c'est loin. Il faut compter environ 24 heures pour rejoindre Ushuaia, point de départ du périple. 14 heures de vol Lyon-Buenos-Aires via Francfort. Puis changement d'aéroport et trajet d'environ 3 heures, on arrive facilement aux 24 heures de voyage. Ca se mérite quand même.



2ème constatation, un voyage en bateau ça se prévoit à l'avance mais à l'arrivée ça se fait en fonction du temps. Il vaut mieux partir avec des billets échangeables et remboursables parce qu'on ne sait jamais, il est possible qu'on se retrouve bloqué dans un port à cause du mauvais temps.



En ce qui nous concerne, ça c'est passé comme ça :


  • départ d'Ushuaia (Argentine) le dimanche 28 avrl. Direction Puerto Williams (Chili) via le Canal de Beagle.
  • départ pour Puerto Toro le lundi.
  • départ pour l'Ile Lennox le mardi.
  • départ pour les Wollaston le mercredi. C'est là que les choses se sont gâtées, le temps plutôt beau malgré le vent jusque là, s'est gâté, nous obligeant à rester au mouillage à la Cateta Martial.
  • jeudi : journée sans voyage pour cause de pluie et de mer en colère.
  • vendredi : départ pour le Cap Horn, une fenêtre metéo nous permettant de naviguer et d'accoster sur l'Ile du Horn. Mauvaises perspectives ensuite, nous avons voyagé de nuit directement en direction de Puerto Williams au lieu de revenir tranquillement via Lennox et Puerto Toro comme prévu initialement.
  • samedi : journée libre à Puerto Williams. Retour de nuit à Ushuaia car on nous annonce le blocage du port pendant 3 jours à cause de la mauvaise météo.
  • dimanche et lundi : journées libres à la découverte d'Ushuaia
  • lundi soir : retour Buenos Aires.



Nous avons perdu quelques heures de navigation mais la météo du bout du monde ne s'adapte jamais aux désirs des touristes. Il faut le savoir. Passer le Horn n'est pas un du.


Entre temps,  nous avons découvert : 
  • la vie en collectivité sur un bateau et en particulier qu'il faut pomper ferme dans les toilettes si on veut qu'elles s'évacuent.
  • que prendre une douche est une chance inouïe et qu'il faut en profiter quand on peut se laver.
  • comment troquer avec les pêcheurs pour obtenir de succulents crabes à déguster
  • que les dauphins jouent vraiment avec les bateaux
  • que les lions de mer puent
  • qu'il ne faut jamais prononcer le mot lapin sur un bateau parce que ça porte malheur
  • qu'il faut choisir entre être malade à l'intérieur ou mourir de froid à l'extérieur quand la mer et mauvaise (j'ai testé les deux c'est génial)
  • que les chaussettes Yeti c'est pas si bien que ça en a l'air
  • que garder son sens de l'humour en toutes circonstances c'est pas forcément simple
  • que se réveiller au milieu de nulle part est une impression très forte
  • que l'amour en mer quand ça bouge de tout les côtés tu finis par oublier
  • que la politique du multi couches à ses limites, surtout quand tu ne peux plus bouger
  • que pique-niquer sous la pluie sur une île déserte c'est très romantique mais qu'il vaut mieux être bien couvert
  • que s'organiser dans 2m2 demande parfois des nerfs à toute épreuve
  • que le Cap Horn c'est juste une petite pointe assez décevante finalement mais sabrer le champagne en le passant te donne un sentiment de vivre un moment très unique
  • que sauter d'un Zodiac sur des rochers glissants c'est plutôt casse gueule
  • que le gardien du phare du Horn est un type qui s'appelle Samuel, personnage très sympathique et surtout content de rencontrer du monde de temps en temps
  • que le mal de terre c'est aussi pénible que le mal de mer

Je pourrai écrire encore longtemps sur les découvertes que j'ai pu faire à l'occasion de ce voyage, sur les paysages, sur la faune, la végétation, les humains que nous y avons croisés. Ça sera peut être l'occasion d'autres billets.


Je voudrais juste dire qu'au bout du compte, ça a été une aventure collective passionnante. Nous étions une dizaine de personnes (équipage compris) embarquées volontaires en route pour le bout du monde. Nous nous sommes soutenus quand c'était nécessaire. Nous avons ri, été malades en même temps, avons pris les mêmes photos, partagé les mêmes émotions et ça c'est une chose dont je n'avais pas forcément conscience en partant. J'ai supporté le froid, l'isolement, l'exiguïté du navire parce qu'il y avait quelque chose là bas qui m'attendait, qui nous attendait. Quelque chose qui a fait que ces vacances resteront au firmament des meilleurs souvenirs que nous garderons en nous. Et ça c'est quelque chose de formidable à partager.

Un grand merci à l'équipe de Podorange qui nous a permis de réaliser ce voyage dans les  meilleures conditions. 
Un gran beso a mis amigos que estaban en un buen estado de ánimo en todo y así me ayudó a vuelta de la esquina, tanto literal como figurativamente.





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Commentaires

  1. Vous êtes revenus du Cap Horn au continent par où ? Par le même chemin qu'à l'aller ? Vous n'avez pas fait le tour du Horn ? Un demi passage...

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    1. Si on a fait le tour et on a retraversé la baie de Nassau dans l'autre sens.

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  2. La prochaine fois, je viens ! Et je sais danser le tango ! ça doit aider sur le bateau,non ?
    :DDD

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    1. Le tango quand ça tangue ça ne peut être que bien.

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  3. ... et n'oublie pas non plus que les deux choses qu'il faut manger sur un bateau ce sont les poires et les bananes parce que ça sent aussi bon à l'aller qu'au retour!

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    1. Ah oui c'est vrai. Moi j'avais avalé de la compote de pomme. Pas franchement bon au retour :-))

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  4. Réponses
    1. Merci, j'ai voyagé entre les lignes.

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  5. Nous aussi on voyage.

    Nous sommes revenus à Paris !
    Bon, on est dans les cartons mais ça va s'arranger...

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