Elle m'a donné rendez-vous au 102

En arrivant, j'ai compris que c'était dans une des grandes tours d'un quartier connu pour être "difficile".
Pourtant on y a mis une belle fresque avec des roses l'an dernier.
J'ai garé ma voiture devant et j'ai cherché l'adresse.
Les tours sont en quinconce et celle-là devait être la dernière.
Ca sentait la misère et l'abandon.
C'est laid me suis-je dit.
Même les roses n'arrivent pas à amener un peu de beauté et de légèreté à ce paysage si minéral.
Je suis arrivée en demandant mon chemin parce qu'aucun numéro n'était visible sur les portes et qu'il faisait nuit.
Devant l’entrée, j'ai allumé ma lampe de poche pour l'appeler à l'interphone.
Celui-ci ne fonctionnait pas. J'ai fait toutes les boites à lettres pour trouver la bonne.
14 étages à raison d'environ 6 appartements (je crois, je n'ai pas vérifié).
L'ascenseur fonctionnait, un coup de bol. Je n'allais qu'au 5ème. J'aurais renoncé en cas de panne et de dernier étage.
Il y avait plein de papiers qui traînaient par terre.
Une dame m'a dévisagée, je ne devais pas avoir le genre de l'immeuble.
Sur le palier, un caddie échappé du Carrefour proche attendait sans doute qu'on l'y ramène.
Elle m'a reçu dans un appartement refait à neuf par elle et son mari.
Spacieux, avec une chambre pour ses 2 enfants.
Deux adolescents comme des milliers d'autres, musique et ordinateur.
Lui, assis sur le canapé, regardait la télé, il parait qu'il n'a plus de travail depuis peu.
Je n'ai pas osé demander ce qu'il faisait.
J'ai pris un verre d'eau, trop tard pour le café.
On a parlé de choses et d'autres.
De la famille là-bas dans l’ex-Yougoslavie.
De l'appartement qui était bien agréable.
Elle m'a dit que oui mais qu'elle avait honte quand elle devait inviter du monde chez elle.
Que les gens n'avaient aucun sens du beau et du propre (tiens elle aussi avait remarqué).
Qu'ils suffisait d'un ou deux pour abîmer ce qui était encore correct.
Je suis repartie au bout d'un quart d'heure.
Elle m'a raccompagné en bas en me disant qu'elle se chargeait elle-même de nettoyer le palier parce que si on comptait sur l'Office HLM...
Qu'elle comptait bien partir un jour mais ne savait ni quand ni comment le faire.
Digne, si digne.
Et moi je suis partie en l'embrassant avec le mot "honte" qui résonnait dans ma tête...
Combien de temps encore les gens devront-il avoir honte de leur logements ?

Illustration : Roger Ballen - Crazy house


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Commentaires

  1. Ce genre de billet vaut tous les discours politiques du monde.

    Bravo.

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  2. Signalé par CYCEE , j'ai lu.
    Honnêtement , c'est un papier que je vais faire à mes enfants.
    J'ai aimé, simplement.
    Merci.

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