20 janv. 2010

A propos du débat sur l'Identité Nationale


Lors du Conseil d’Arrondissement du 13 janvier 2010 en Mairie du 8ème, a été mis aux voix un projet de délibération concernant la signature d’une convention de partenariat entre la Ville de Lyon et la HALDE.
Lyon a adopté en juin 2002 la Charte Européenne des Droits de l’Homme dans la Ville et mène  depuis une politique en faveur de l’Egalité à différents échelons tant au sein des services municipaux que des quartiers et des acteurs locaux, ainsi qu’au niveau national et européen.
Il s’agit donc aujourd’hui de renforcer l’action en s’engageant dans un partenariat avec la Halde qui permettra d’étudier les moyens de renforcer la prévention des discriminations dans l’accès aux services assurés par la Ville et dans leurs relations avec les usagers.
A cette occasion, le 1er adjoint, Philippe Tournebize, nous a lu la déclaration suivante, que je produis dans sa totalité  avec son plein accord.



« Ces rapports peuvent paraître anodins mais revêtent à mes yeux une grande importance, dans le climat que nous connaissons actuellement. En effet, la tournure du débat ouvert dans le pays sur la question de l’identité nationale nous impose non seulement de réaffirmer les principes fondamentaux qui sont le socle de notre communauté nationale mais bien plus de les ancrer, par l’action, dans la réalité concrète.
La France, mes chers collègues, ce sont d’abord des hommes et des femmes venus d’horizons divers : ce sont bien sûr des auvergnats, des provençaux, des bretons, des alsaciens. Mais la France, se sont aussi ces tirailleurs algériens, sénégalais, ces tabors Marocains venus mourir dans les tranchées de Verdun pour sauver la patrie. La France ce sont les mêmes qui représenteront 90 % des pertes humaines du CEFI débarqué en 44 pour libérer le territoire français.

Ce sont ces dizaines de milliers d’israélites parqués au Vel d’Hiv et dont quelques poignées seulement ressortiront vivant des camps de la mort.
Ce sont les mineurs polonais ou italiens du Nord et de la Lorraine, ces immigrés que l’on a fait venir durant les 30 glorieuses pour construire nos villes et nos autoroutes et qui ont permis par la force de leur travail, l’essor industriel du pays.
Oui la France c’est tout cela, c’est cette mosaïque de communautés dont les membres sont liés entre eux par leur origine ethnique ou géographique, par une culture, par une religion, et qui, au terme d’un lent processus de maturation historique, et sans rien renier de ce qu’ils sont, ont choisi volontairement une seule et unique communauté de destin basée sur les principes fondamentaux que sont la Liberté, L’Egalité et la Fraternité, cimentés par la Laïcité.
La France ce n’est pas une identité, la France c’est la République.
Et plutôt que de se perdre en vains débats sur la question d’une identité nationale que personne ne se pose, il semble urgent de s’interroger sur l’actualité de ces principes fondamentaux et de leur mise en œuvre concrète.
Et qu’est ce que l’on constate ?
Que la liberté est chaque jour un peu plus battue en brèche par la concentration des pouvoirs économiques, financiers médiatiques, entre quelques mains.
Que l’on nous parle beaucoup d’égalité. Mais qu’est ce que cette égalité, en matière de lutte contre la délinquance par exemple, (même s’il faut bien sûr de la fermeté en la matière) quand on promet le karsher pour les plus démunis et que l’on offre l’impunité aux émigrés fiscaux qui transfèrent des centaines de millions d’euros en Suisse, asséchant notre économie et créant par-là même plus de chômage et de précarité ?
Et quelle est cette conception de la Fraternité qui consiste à organiser un débat sur l’Identité Nationale visant uniquement à stigmatiser à des fins électorales une partie de la population française au motif de sa religion ou de sa culture ?

Et que devient la Laïcité quand un ancien ministre de la République ose affirmer que le jour où la France comptera autant de minarets que de clochers d’églises, ce ne sera plus la France ? Ou quand le Président de la République lui-même, dans son discours de Latran, met l’enseignement du prêtre au-dessus de celui de l’instituteur ?
Alors oui, le véritable débat est ici aujourd’hui, pas autour de la défense d’une identité virtuelle, mais autour de la réaffirmation et de la mise en œuvre des principes fondamentaux qui fondent notre République, notre communauté de destin, notre vivre ensemble.
Et les rapports sur lesquels nous avons à nous prononcer participent de cette démarche : il revient, en effet aux pouvoirs publics quels qu’il soient, Etat ou collectivités, d’ancrer ces principes dans le réel, de les faire vivre au quotidien.
Et même si les actions préconisées par ces rapports ne sont qu’une modeste pierre apportée à cet édifice, ils attestent néanmoins d’une volonté forte de mettre en œuvre ces principes.
C’est pourquoi je vous demande de les approuver.
Merci. »

Le texte a été approuvé à la majorité moins quelques voix de droite…
Ca a le mérite d’être clair en tout cas. Chacun ses valeurs n’est ce pas ?
Merci de m'avoir donné ton texte Philippe.


http://www.halde.fr/



10 commentaires:

  1. Bravo !

    J'aime beaucoup le "La France ce n’est pas une identité, la France c’est la République."

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  2. Excellente réflexion!
    Merci de l'avoir relayée.

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  3. Je suis d'accord avec cet excellent texte de M. Tournebize, qu'il soit remercié pour cette vision pleine de lucidité.

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  4. J'approuve, moi aussi...

    Très beau texte : mettre en balance ainsi les grands faits de l'Histoire et les petitesses du débat actuel sur l'identité nationale permet de relativiser et de comprendre beaucoup de choses...

    :)

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  5. les autres ont tout dit. je les approuve : bravo !

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  6. Je me demande, face à ce texte, les arguments de la droite pour ne pas voter. C'est le côté plurielle qu'ils n'aiment pas ?
    :-))

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  7. JeandelaXR19:05

    Vive la république ! Et bises à toi !

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  8. Excellent texte! Pas un mot à regretter, ni à ajouter… Bravo!

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  9. Bravo! Marseillais, je me suis toujours senti héritier de Barbaroux, celui qui avec ses compagnons a appris la Marseillaise aux Parisiens. J'ai un fort tempérament républicain et mon sang n'a fait qu'un tour qu'en j'ai découvert ce texte intelligent, sensible, honnête qui vient mettre un point final au débat sur l'identité nationale.
    Je souhaite que se retournent contre ceux qui ont lancé cette idée d'une consultation nationale tous ceux qui la vivent dans leur chair chaque jour sous la forme d'une injustice majeure.

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