A propos de Louis de Funes

Il fallait s'y attendre, la pièce "Pour Louis de Funes" de Valère Novarina n'était pas une joyeuse comédie destinée à faire rire à gorge déployée mais une profonde réflexion sur la condition de l'homme à travers celle du comédien.
Un texte riche, des mots éblouissants. Pas à la portée du premier comédien venu. Pas à la portée du premier spectateur non plus. Ici il s'agit de Vincent Bady et j'ai lu quelque part que Dominique Pinon s'y était frotté.
Valère Novarina a la fois poète, dramaturge, metteur en scène et peintre est un auteur contemporain qui dit écrire du "théâtre pour les oreilles".
Un exemple (je vous conseille de le lire à haute voix pour mieux apprécier) :

" Loin d'ici, écrabouilleurs de syllabes, arlequins en bois, pantins stylés, colibris nationaux, confuseurs de voyelles, faux rythmiques, feints ivrognes, diseurs pâteux, doubleurs lourdesques, singes symétriques, instruments de monodie, loin d'ici, metteurs en choses, metteurs en ordre, adaptateurs tout-à-la-scène, poseurs de thèse, phraseurs de poses, imbus, férus, sclérotes, doxiens, dogmates, segmentateurs, connotateurs, metteurs en poche, adaptateurs en chef, artistes autodéclamés, as de la conférence de presse, médiaturges, médiagogues, encombreurs de plateau, traducteurs d'adaptations et adaptateurs de traductions, vidéastes de charité, humains professionnels, , librettistes sous influence, sécheurs d'âmes, suiveurs de tout, translateurs de tout, improvisateurs de chansons toutes faites, loin d'ici, Monsieur Purgon ! Mettez-les loin d'ici ! Je voudrais qu'on éteigne la lumière sur le théâtre maintenant et que tous ceux qui savent, qui croient savoir, reviennent au théâtre dans le noir, non pour encore et toujours regarder, mais pour y prendre une leçon d'obscurité, boire la pénombre, souffrir du monde et hurler de rire. Souffrir du mètre, du temps, des nombres, des quatre dimensions. Entrer dans la musique.
Venez, vous qui n'êtes pas d'ici. Entrez, enfants doués d'obscurité, vous qui vous savez nés de l'obscurité, venez ! Venez, assistons ensemble à la levée du trou. Car le théâtre n'est sur scène rien d'autre que la représentation d'un trou. Voilà l'idée à creuser. Voilà l'idée que Louis de Funès voulait creuser pour moi. ( …) "
Pour Louis de Funès (extrait) de Valère Novarina
Inutile de vous dire que les mots attribués à Louis de Funès n'ont jamais été prononcés par lui mais c'est une sorte de réhabilitation à laquelle on assiste, réhabilitation d'un acteur qu'il n'était pas de bon ton d'apprécier à une époque car il n'était sûrement pas assez chic alors qu'il était aussi un très grand comédien de théâtre. Un képi de gendarme est là pour nous rappeler à quel point cet homme nous a fait rire en tout cas.
C'est une mise en scène de Renaud Lescuyer et une production de la Compagnie Persona implantée dans le 8ème arrondissement lyonnais et ça se passe au théâtre des Marronniers.
De plus il y a une Trattoria juste à côté où on mange bien pour pas cher, ce qui ne gâte rien.

Photo : Lawrence Olivier dans Hamlet (Je n'ai pas trouvé Vincent, dommage)
Illustration musicale : Johnny dans Hamlet (souvenir souvenir) et clin d'oeil à Renaud Lescuyer qui nous en fait écouter un bout pendant la représentation.

Commentaires

  1. Anonyme10:26

    Bonjour,

    au hasard d'une ballade sur la toile je lis votre article. Merci.
    pensée vagabonde.

    renaud lescuyer

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